30 janvier 2010

Vite un petit message avant de partir.

Fiston allait beaucoup mieux hier soir!
Le teint vif, le sourire en retrour, la blague prête à jaillir.

A partir de mercredi, le transfert est prévu pour son séjour ici, à la maison des Famille.

Un lieu reposant, très agréable.

A partir de mercredi, je prends un abonnement internet qui me permettra d'utiliser notre ordinateur personnel.

Jusqu'à présent, je "sqattais l'ordi" collectif.

Un dinosaure utile mais lent et avec les fonctionnalités basiques.
Pas moyen d'acceder à mes messages sur Face de bouc
Pas de MSN

Bref, le basique mais qui nous a permis de rester en contact.
Mais j'avais la tête prise ailleurs, alors , la lessive, la nourriture, les courses, l'intendance en générale, je l'ai laissé pour plus tard.

Je file voir mon ado..
Un vrai chef !!
Je suis fière de lui !!


29 janvier 2010

Un moment difficile s'achève.

Vers 11H30, hier, le médecin personnellemnt appelée pour me dire que l'opération s'était bien déroulée et que Fiston allait en salle de réveil.
Au réveil, la douleur a été si forte qu'il a fallu lui injecter la dose maximale de morphine pour le calmer un peu.
Puis on l'a remonté dans sa chambre vers 15h.
Je venais juste d'arriver moi aussi.
Mon gamin avait mal.
On lui avait dit qu'il avait eu toute sa dose et qu'on ne pouvait pas en rajouter.

Il a croyait que c'était finni pour la journée et désespérait.

Puis l'infirmière est arrivée et on a fini par lui faire une autre injection.

Le problème était, par contre, qu'il urine pour éliminer tous les déchets de l'anesthésie.

S'il n'y arrivait pas, on le menaçait de le sonder.

La panique s'ajoutant à la douleur, il a passé un sale moment qui a duré plusieurs heures.

Avec une infirmière un peu sadique (oui, même à Garches, il y en a!)  qui laissait planer sa menace.
Sa collgue était plus souple et était prête à le laisser se détendre jusqu'à ce que l'évènement ait lieu. Elle sentait bien la crispation de Fiston.

Et plus il y pensait, plus il en avait peur et moins il avait de chances de réussir.

Jusqu'à ce que la sadique arrive avec son matériel.

Je suis restée dans un coin, à la demande Fiston.
Heureusement, sinon, je pense qu'elle aurait insisté d'avantage.

Elle a pratiqué le geste avec une légère insistance qui l'a encore plus bloqué.

Il était tellement tendu qu'elle n'a jamais réussi à faire passer la sonde.
Elle a du tout remballer et l'écographie pratiquée ensuite, lui a montré qu'il n'avait pas grand-chose à uriner, non plus.

L'anesthésie et la morphine ont provoqué des vomissemnts à la longue.
Et chaque gorgée d'eau était rejetée.
Il  a fallu changer les draps une première fois.

Les infirmières de l'équipe de nuit ont été adorables.
La principale a râlé pour la sonde.
Elle a dit a Fiston:
"Tu as toute la nuit pour uriner. J'ai rarement vu un patient ne pas y arriver".

Elle l'a rassuré suffisament tout en retardant le plus longtemps possible l'injection de morphine pour lui laisser le temps de se détendre, en le reinstallant correctement de façon à atténuer le plus possible la douleur due à la position.
C'est le plus jeune opéré du service et ces quatre infirmière l'ont chouchouté jusqu'au miracle.

C'était simple, il fallait juste l'accompagner en douceur.
Géniales, les nanas de l'équipe de nuit.

Dans l'ensemble, à part de dérapage sévèrement jugé par les collègues de nuit, le choix d el'hôpital de Garches était le bon!

Quand je suis partie vers 11H3O, Fiston allait beaucoup mieux.

Mais il est sous anti-douleur constante et la consigne est de ne pas le laisser souffrir.
Maintenant que tout est renré dans l'ordre.

Mon gamin a été très digne, très courageux. Pourtant avec ses dzux pieds opérés et plâtrés, ça n'est pas du tout facile.

Et c'est une intervention douloureuse!

28 janvier 2010

C'est le grand jour.

Nous voilà donc installés à la maison des Familles où j'ai passé ma première nuit.
Je rentrerai le soir. C'est vital de prendre des forces, je vais en avoir besoin.

Fiston vient de partir au bloc, en "pool position" selon son expression.
Je viens de voir le médecin.
Promis, il lui refait les pieds à neuf.

J'ai confiance et fiston est parti, un peu angoissé mais confiant aussi.

Ce choix de venir si loin me semble le meilleur.

Je suis convaincue (mais je suis une indécrotable optimiste!) que tout ira bien..
Voilà, le médecin m'appellera ou me fera appeler dès qu'il pourra pour nous tenir au courrant.

27 janvier 2010

Le prix du textile

Lu chez le Rocrocodile !


"Envoyé spécial" de la semaine dernière proposait un reportage sur le textile en Turquie et la façon dont les travailleurs sont traités, payés comme des esclaves et meurent de silicose sans aide ni soin pour que nous puissions porter des Jeans délavés.

Voir aussi cette vidéo...








A lire


"" Des blue-jeans turcs qui tuent""

Cécile Raimbeau   

La mode fait de vraies «fashion victims»: les milliers d'ouvriers turcs qui sablent les jeans pour leur donner l'aspect usé. Ils n'esquintent pas que la toile denim, mais aussi leurs poumons.

S'il a 38 ans, la maladie a déjà ridé le visage de Mehmet Basak. On le sent faible, amaigri. Assis sur le canapé d'un modeste appartement de la banlieue d'Istanbul, il retire le masque de son nébulisateur, cet appareil qui diffuse dans ses poumons des substances l'aidant à mieux respirer. D'épais sourcils et une dense moustache noire encadrent ses joues creuses. Il tousse. Sa femme lui sert un thé sur une table basse, rare meuble de cette pièce où les matelas qui servent à coucher ses sept enfants sont empilés dans un coin. Mehmet Basak reprend son souffle pour décrire le métier qu'il a exercé entre 1999 et 2007: «J'étais debout dans une cabine de 4 mètres carrés, tenant une lance reliée à un compresseur réglé à 8 bars. Un collègue me faisait passer des blue-jeans sur lesquels je projetais du sable. A côté, il y avait un réservoir de 600 kilos de sable. Au bout d'une heure et demie, quand il était vide, je disposais d'un quart d'heure de pause, le temps que le collègue le recharge. La cabine était alors si poussiéreuse que j'en sortais méconnaissable. Puis ça recommençait, pendant douze heures par jour.» Cet ouvrier turc était sableur de jeans dans une entreprise de 350 employés qui existe toujours. Il se souvient avoir lu sur les étiquettes des vêtements qu'ils sablaient les noms de marques internationales et turques: «Levi's, Dolce & Gabbana, Mavi Jeans, Collezione...», énonce-t-il. «Il n'y avait quasiment pas de ventilation dans cette cabine. Nous utilisions du sable de plage et le patron fournissait juste un masque de chirurgien. Il disait qu'il n'y avait aucun danger pour la santé.»
Lire la suite...




Le Rocroco revient sur les droits des travailleurs bafoués, sous-payés, traités comme des esclaves...
A signer, une pétition:

 "Liquidation totale" !

Lettre à MM Christophe Dubrulle, Lars Olofsson, Jean-Charles Naouri, Michel-Edouard Leclerc, PDG d’Auchan, de Carrefour, de Casino et de E.Leclerc.

Citoyen(ne), consommateur(trice), je souhaite être assuré(e) que les vêtements que j’achète sous vos marques propres n’ont pas contribué à l’exploitation de millions d’ouvrier(e)s du secteur textile à travers le monde.
Je trouve intolérable que tant de salariés ne perçoivent pas une rémunération qui leur permette de subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille. Vous ne pouvez prétendre que l’amélioration de ces rémunérations se traduirait par une augmentation importante du prix final de vos produits, au vu de la part infime que représentent les salaires des ouvrier(e)s de la confection dans le coût total d’un produit.
Par ailleurs, je m’inquiète de la fréquente violation du droit d’organisation et de négociation collective dans ces usines, alors que ce droit est reconnu par des conventions internationales.
Aussi je vous demande :
- de vous assurer que vos fournisseurs et sous traitants versent un salaire décent à leurs ouvrier(e)s. Vous devez en ce sens : + cesser la pression à la baisse sur les salaires et la course aux délais de production, + vous assurer que leur droit d’organisation et de négociation collective est respecté,
- de garantir pour le consommateur une transparence sur les conditions de travail chez vos fournisseurs et sous-traitants, notamment sur le salaire de base des ouvrier(e)s.




26 janvier 2010

Tout va bien !!

Les analyses de contrôles sont bonnes, l'infection urinaire est stoppée.
Ouf!!

On peut partir tranquilles!

Demain, en route vers l'hôpital!

Après 2 jours d'antibiotiques et un deuxième contrôle, résultats ce soir, demain, en principe c'est la rentrée de Fiston à l'hôpital.
Je n'ai pas regardé le président faire son numéro de séducteur hier soir.
J'ai lu chez Flèche et Steph leur compte-rendu.

J'ai eu autre chose à faire.
Je voulais regarder l'émission sur la "Peur à l'hôpital " mais je me suis dit que ce n'était pas le moment.
J'ai préféré commencer le nettoyage du gîte.

Notre vie quotidienne est un peu éloignée de celles de nos dirigeants politiques et ainsi que de ceux et celles qui sont censées représenter l'opposition.



Photo l'Internaute

25 janvier 2010

Bel exemple de dignité... Une femme au combat! A lire chez M.


Mesdames les présidentes,
Mesdames et messieurs les dignitaires,
Chers amis,

Merci mille fois de ce grand honneur que vous me faites, aujourd’hui, de me consacrer parmi les Femmes debout et de permettre à ma voix, celle d’une femme de culture musulmane féministe et laïque de résonner dans cette prestigieuse institution de la République. 


Merci à vous, mes amies de Femmes solidaires et de la Ligue du droit international des femmes pour votre travail acharné, permanent et indispensable que ce soit dans les quartiers, auprès des femmes victimes de violences et discriminations, des sans papiers ou encore au sein des politiques et des instances onusiennes. 

C’est dire que c’est ici, localement que prend racine le travail pour les droits des femmes pour se répercuter à l’échelle internationale. C’est dire aussi que la Marche des femmes pour la liberté et l’égalité est une et indivisible. Lorsqu’une femme souffre dans un quelconque endroit de la planète, c’est notre affaire à toutes et à tous. Merci de nous faire sentir de mille façons que nous sommes les maillons d’une même chaîne.

Voilà encore quelques années, je n’aurais jamais imaginé que ma vie de femme, que ma vie de militante serait si intimement liée au féminisme et à la laïcité. Je vous surprendrai peut-être en vous avouant que je ne suis pas devenue féministe en tournant les pages du Deuxième Sexe, ni en me plongeant dans ce magnifique roman d’Aragon Les Cloches de Bâle, où il était question entre autres de Clara Zetkin et de Rosa Luxembourg, deux figures de proue du féminisme et de la paix dans le monde. Je ne suis pas devenue laïque en m’abreuvant de Spinoza, d’Ibn Al-Arabi, de Descartes, d’Ibn Khaldoun, ou de Voltaire, mon maître. Absolument pas. J’aurais pu tourner mon regard ailleurs pour me perdre dans cette enfance si heureuse que j’ai eue dans une famille généreuse, cultivée, ouverte sur le monde et sur les autres, profondément engagée pour la démocratie et la justice sociale. 


J’aurais pu m’égarer dans la beauté de cette ville qu’est Oran où il faisait si bon vivre au bord de la mer. Cette ville qui a propulsé la carrière littéraire d’Albert Camus, avec son célèbre roman La peste, jusqu’au Nobel de littérature. J’aurais pu ne rien voir, ne rien entendre des brimades, du mépris, des humiliations et des violences qu’on déversait sur les femmes. J’ai choisi de voir et d’écouter d’abord avec mes yeux et mes oreilles d’enfant. Plus tard, j’ai choisi de dire les aspirations de toutes ces femmes qui ont marqué ma vie pour que plus jamais, plus aucune femme dans le monde, n’ait honte d’être femme. Pour vous dire vrai, à l’enfance et surtout à l’adolescence, je n’ai jamais rêvé de mariage, de prince charmant, de robe longue, de grande maison, d’enfants et de famille. 


Les quelques mariages auxquels j’avais assisté, en Algérie, me faisaient sentir que la femme était un objet bien plus qu’un sujet. Inutile de vous préciser que ma perspective était ultra minoritaire, car les femmes sont formatées à devenir des épouses puis des mères dès l’enfance. Je devais avoir, quoi, cinq, six, peut-être sept ans tout au plus, lorsqu’on me somma de rejoindre ma grand-mère dans la cuisine, car ma place naturelle était à mi-distance entre les fourneaux et la buanderie, de façon à pouvoir faire éclater mes talents de cuisinière et de ménagère le moment venu. En 1984, l’Algérie adopte un code de la famille inspiré de la charia islamique. J’ai 12 ans à cette époque. Brièvement, ce code exige de l’épouse d’obéir à son mari et à ses beaux-parents, permet la répudiation, la polygamie, destitue la femme de son autorité parentale, permet à l’époux de corriger sa femme et en matière d’héritage comme de témoignage, l’inégalité est érigée en système puisque la voix de deux femmes équivaut à celle d’un homme tout comme les parts d’héritage. Question : L’Algérie est-elle devenue musulmane en 1984 ? 


Réponse : Je vous la donnerai pendant le débat tout à l’heure si vous le souhaitez.

Pour ce qui est de la laïcité, j’ai compris sa nécessité lorsque, au tout début des années 1990, le Front islamique du salut (FIS) a mis à genoux mon pays l’Algérie par le feu et par le sang en assassinant des milliers d’Algériens. Aujourd’hui, on est forcé de constater que les choses n’ont pas tellement changé. Trop de femmes dans le monde se font encore humilier, battre, violenter, répudier, assassiner, brûler, fouetter et lapider. Au nom de quoi ? De la religion, de l’islam en l’occurrence et de son instrumentalisation. Pour refuser un mariage arrangé, le port du voile islamique ou encore pour avoir demandé le divorce, porté un pantalon, conduit une voiture et même avoir franchi le seuil de la porte sans la permission du mâle, des femmes, tant de femmes subissent la barbarie dans leur chair. Je pense en particulier à nos sœurs iraniennes qui ont défilé dans les rues de Téhéran pour faire trembler l’un des pires dictateurs au monde : Ahmadinejad. Je pense à Neda, cette jeune Iranienne assassinée à l’âge de 26 ans.


Nous avons tous vu cette image de Neda gisant sur le sol, le sang dégoulinant de sa bouche. Je pense à Nojoud Ali, cette petite Yéménite de 10 ans, qui a été mariée de force à un homme qui a trois fois son âge et qui s’est battue pour obtenir le droit de divorcer… et qui l’a obtenu. Je pense à Loubna Al-Hussein qui a fait trembler le gouvernement de Khartoum l’été dernier à cause de sa tenue vestimentaire.

La pire condition féminine dans le globe, c’est celle que vivent les femmes dans les pays musulmans. C’est un fait et nous devons le reconnaître. C’est cela notre première solidarité à l’égard de toutes celles qui défient les pires régimes tyranniques au monde. Qui oserait dire le contraire ? Qui oserait prétendre l’inverse ? Les islamistes et leurs complices ? Certainement…mais pas seulement.

Il y a aussi ce courant de pensée relativiste qui prétend qu’au nom des cultures et des traditions nous devons accepter la régression, qui confine l’autre dans un statut de victime perpétuelle et nous culpabilise pour nos choix de société en nous traitant de racistes et d’islamophobes lorsque nous défendons l’égalité des sexes et la laïcité. 

C’est cette même gauche qui ouvre les bras à Tarik Ramadan pour se pavaner de ville en ville, de plateau de TV en plateau de TV et cracher sur les valeurs de la République

Sachez qu’il n’y a rien dans ma culture qui me prédestine à être éclipsée sous un linceul, emblème ostentatoire de différence. Rien qui me prédétermine à accepter le triomphe de l’idiot, du sot et du lâche, surtout si on érige le médiocre en juge. Rien qui prépare mon sexe à être charcuté sans que ma chair en suffoque. Rien qui me prédestine à apprivoiser le fouet ou l’aiguillon. Rien qui me voue à répudier la beauté et le plaisir. Rien qui me prédispose à recevoir la froideur de la lame rouillée sur ma gorge. Et si c’était le cas, je renierais sans remords ni regret le ventre de ma mère, la caresse de mon père et le soleil qui ma vu grandir.

L’islamisme politique n’est pas l’expression d’une spécificité culturelle, comme on prétend ça et là. C’est une affaire politique, une menace collective qui s’attaque au fondement même de la démocratie en faisant la promotion d’une idéologie violente, sexiste, misogyne, raciste et homophobe. Nous avons vu de quelle façon les mouvements islamistes, avec la complicité, la lâcheté et le soutien de certains courants de gauche cautionnent la régression profonde qui s’est installée au cœur même de nos villes. Au Canada, nous avons tout de même failli avoir les tribunaux islamiques. En Grande-Bretagne c’est déjà la norme dans plusieurs communautés. D’un bout à l’autre de la planète, le port du voile islamique se répand et se banalise, il devient même une alternative acceptable aux yeux de certains car c’est tout de même mieux que la burqa !


Que dire de la démission des démocraties occidentales sur des enjeux primordiaux à la base du vivre-ensemble et de la citoyenneté tels que la défense de l’école publique, des services publics et de la neutralité de l’État ? Que dire des reculs en matière d’accessibilité à l’avortement ici même en France ?

Tout ça pour dire qu’il est toujours possible de faire avancer les sociétés grâce à notre courage, notre détermination et à notre audace. Je ne vous dis pas que ce sont là des choix faciles. Loin de là. Les chemins de la liberté sont toujours des chemins escarpés. Ce sont les seuls chemins de l’émancipation humaine, je n’en connais pas d’autres. Cette merveilleuse page d’histoire, de NOTRE histoire, nous enseigne que subir n’est pas se soumettre. 


Car par-delà les injustices et les humiliations, il y a aussi les résistances. Résister, c’est se donner le droit de choisir sa destinée. C’est cela pour moi le féminisme. Une destinée non pas individuelle, mais collective pour la dignité de TOUTES les femmes. 
C’est ainsi que j’ai donné un sens à ma vie en liant mon destin de femme à tous ceux qui rêvent d’égalité et de laïcité comme fondement même de la démocratie. L’histoire regorge d’exemples de religions qui débordent de la sphère privée pour envahir la sphère publique et devenir la loi. Dans ce contexte, les femmes sont les premières perdantes.
Pas seulement. La vie, dans ses multiples dimensions, devient soudainement sclérosée lorsque la loi de Dieu se mêle à la loi des hommes pour organiser les moindres faits et gestes de tous. Il n’y a plus de place pour les avancées scientifiques, la littérature, le théâtre, la musique, la danse, la peinture, le cinéma, bref la vie tout simplement. Seuls la régression et les interdits se multiplient. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai une aversion profonde à l’égard des intégrismes quels qu’ils soient, car je suis une amoureuse de la vie.


Rappelez-vous une chose : lorsque la religion régit la vie de la cité, nous ne sommes plus dans l’espace du possible, nous ne sommes plus dans le référentiel des doutes, nous ne sommes plus dans le repère de la Raison et de la rationalité si chères aux Lumières.

Séparer l’espace public de l’espace privé en réaffirmant la neutralité de l’État me semble indispensable, car seule la laïcité permet de se doter d’un espace commun, appelons-le un référentiel citoyen, loin de toutes croyances et de toutes les incroyances, pour prendre en main la destinée de la cité. Avant de conclure, permettez-moi de partager avec vous une lettre destinée à l’un de vos élus. 

J’ai longuement hésité avant de vous écrire. Peut-être, par peur d’être perçue comme celle venue d’ailleurs qui fait indélicatement irruption dans les « affaires françaises ». Au diable les convenances, je n’ai jamais été douée pour la bienséance surtout lorsqu’elle est au service des plus forts, des plus puissants et des plus arrogants. Puis, s’il avait fallu que je vive en fonction du regard des autres, je n’aurais rien fait de ma vie ou si peu. Lorsqu’il s’agit des droits des femmes, nulle convenance ne doit primer sur l’essentiel. L’essentiel étant : la liberté, l’égalité et l’émancipation des femmes. 
J’entends encore des copines françaises me dirent avec insistance : parle-lui, dis-lui, écris-lui. Étrangement, leurs propos me rappellent le titre de ce magnifique film d’Almodovar Parle avec elle où dès les premiers instants, le rideau se lève furtivement, pendant quelques secondes, sur un spectacle de danse, mettant en scène le corps d’une femme, celui de Pina Bausch. Elle qui exprimait si bien dans ses chorégraphies crûment la violence exercée à l’encontre des femmes.

Monsieur Gérin, c’est à vous que je m’adresse, je voudrais vous parler, vous dire la peur que j’ai connu le 25 mars 1994 alors que j’habitais à Oran, en Algérie et que le Groupe islamique armé (GIA) avait ordonné aux femmes de mon pays le port du voile islamique. 
Ce jour-là, j’ai marché la tête nue ainsi que des millions d’autres Algériennes. Nous avons défié la mort. Nous avons joué à cache-cache avec les sanguinaires du GIA et le souvenir de Katia Bengana, une jeune lycéenne âgée de 17 ans assassinée le 28 février 1994 à la sortie de son lycée planait sur nos têtes nues. Il y a des événements fondateurs dans une vie et qui donnent une direction particulière au destin de tout un chacun. Celui-là, en est un pour moi.
Depuis ce jour-là, j’ai une aversion profonde pour tout ce qui est hidjab, voile, burqa, niqab, tchador, jilbab, khimar et compagnie. 

Or, aujourd’hui vous êtes à la tête d’une commission parlementaire chargée de se pencher sur le port du voile intégral en France. En mars dernier, je publiais au Québec, un livre intitulé Ma vie à contre-Coran : une femme témoigne sur les islamistes. Dès les premières phrases, je donnais le ton de ce qu’est devenue ma vie en termes d’engagements politiques en écrivant ceci : « J’ai vécu les prémisses d’une dictature islamiste. C’était au début des années 1990. Je n’avais pas encore 18 ans. J’étais coupable d’être femme, féministe et laïque. » Je dois vous avouer que je ne suis pas féministe et laïque par vocation, je le suis par nécessité, par la force des choses, par ces souffrances qui imprègnent mon corps car je ne peux me résoudre à voir l’islamisme politique gagner du terrain ici même et partout dans le monde

Je suis devenue féministe et laïque à force de voir autour de moi des femmes souffrir en silence derrière des portes closes pour cacher leur sexe et leur douleur, pour étouffer leurs désirs et taire leurs rêves.

Il fut un temps où on s’interrogeait en France sur le port du voile islamique à l’école. Aujourd’hui, il est question de voile intégral. Au lieu d’élargir la portée de la loi de 2004 aux établissements universitaires, nous débattons sur la possibilité de laisser déambuler dans nos rues des cercueils. Est-ce normal ? Demain, peut-être c’est la polygamie qui sera à l’ordre du jour. Ne riez pas. Cela s’est produit au Canada et il a fallu que les cours (de justice) s’en mêlent. Car après tout la culture à bon dos lorsqu’il s’agit d’opprimer les femmes. Ironie du sort, j’ai constaté dans plusieurs quartiers que les jupes se rallongent et disparaissant peu à peu. La palette des couleurs se réduit. Il est devenu banal de camoufler son corps derrière un voile et porter une jupe, un acte de résistance.
 
C’est tout de même une banlieue française qui est le théâtre du film La Journée de la jupe. Alors que dans les rues de Téhéran et de Khartoum, les femmes se découvrent de plus en plus, au péril de leur vie, dans les territoires perdus de la République française, le voile est devenu la norme. Que se passe-t-il ? La France est-elle devenue malade ?
 
Le voile islamique est souvent présenté comme faisant partie de « l’identité collective musulmane ». Or, il n’en est rien. Il est l’emblème de l’intégrisme musulman partout dans le monde. S’il a une connotation particulière, elle est plutôt politique surtout avec l’avènement de la révolution islamique en Iran en 1979. Que l’on ne s’y trompe pas, le voile islamique cache la peur des femmes, de leur corps, de leur liberté et de leur sexualité. Pire encore, la perversion est poussée à son paroxysme en voilant des enfants de moins de cinq ans. Il y a quelques temps, j’essayais de me rappeler à quel moment précisément, en Algérie, j’ai vu apparaître ce voile dans les salles de classe. Pendant mon enfance et jusqu’à mon entrée au lycée, c’est-à-dire en 1987, le port du voile islamique était marginal autour de moi. À l’école primaire, personne ne portait le hidjab, ni parmi les enseignants, ni surtout parmi les élèves.

Voilà 12 ans que j’habite au Québec dont la devise inscrite sur les plaques d’immatriculation des voitures est « Je me souviens ». A propos de mémoire, de quoi la France devrait-elle se souvenir ? Quelle est porteuse des Lumières. Que des millions de femmes se nourrissent des écrits de Simone de Beauvoir dont le nom est indissociable de celui de Djamila Boupacha. C’est peu dire. Il ne fait aucun doute pour moi que la France est un grand pays et ceci vous confère des responsabilités et des devoirs envers nous tous, les petits.  

C’est d’ailleurs pour cela qu’aujourd’hui, tous les regards sont tournés vers votre commission et que nous attendons de vous que vous fassiez preuve de courage et de responsabilité en interdisant le port de la burqa. Pour notre part au Québec, on se souvient qu’en 1961, pour la première fois dans l’histoire, une femme, une avocate de surcroît, est élue à l’Assemblée législative lors d’une élection partielle. Son nom est Claire Kirkland et elle deviendra ministre. En invoquant un vieux règlement parlementaire qui exigeait des femmes le port du chapeau pour se présenter à l’Assemblée législative, on la force à se couvrir la tête pendant les sessions. Elle refuse. C’est le scandale. Un journal titre : « Une femme nu-tête à l’Assemblée législative ! » Elle résiste et obtient gain de cause. Il faut comprendre par là que nos droits sont des acquis fragiles à défendre avec acharnement et qu’ils sont le résultat de luttes collectives pour lesquelles se sont engagés des millions de femmes et d’hommes épris de liberté et de justice.

 
J’ose espérer, monsieur Gérin que la commission que vous présidez tiendra compte de tous ces sacrifices et de toutes ces aspirations citoyennes à travers le monde et les siècles. A vous chers amis, s’il y a une chose, une seule, que je souhaiterais que vous reteniez de ces quelques mots, c’est la suivante.
 
Entre une certaine gauche démissionnaire, le racisme de l’extrême droite et le laisser-faire et la complicité des gouvernements nous avons la possibilité de changer les choses, plus encore nous avons la responsabilité historique de faire avancer les droits des femmes. Nous sommes, en quelque sorte, responsables de notre avenir et de celui de nos enfants. Car il prendra la direction que nous lui donnerons. Nous, les citoyens. Nous, les peuples du monde. Par nos gestes, par nos actions et par notre mobilisation. Toutes les énergies citoyennes sont nécessaires d’un pays à l’autre au-delà des frontières. L’avenir nous appartient. La femme est l’avenir de l’homme disait Aragon. S’agissant d’homme, je veux en saluer un présent aujourd’hui, c’est mon père à qui je dois tout. 

Et je finirai par une citation de Simone de Beauvoir : « On a le droit de crier mais il faut que ce cri soit écouté, il faut que cela tienne debout, il faut que cela résonne chez les autres. » J’ose espérer que mon cri aura un écho parmi vous. 


Son livre, "Ma vie à contre Coran", sur Amazon

Lettre lue au Palais du Luxembourg, le vendredi 13 novembre 2009, lors de la journée "Femmes debout", organisée par Femmes Solidaires et la Ligue du Droit International des Femmes.

C'est chez le Rocrocodile